Les espionnes dans l’Histoire : mythes et réalités

VENDREDI 22 NOVEMBRE – 10h30 – 11h30  

SALON OLYMPE DE GOUGES (foyer des internes)

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LES ESPIONNES DANS L'HISTOIRE : MYTHES ET RÉALITÉS
  • Indication programme : Histoire
  • Résumé : Mata Hari ou Milady de Winter sont des noms qui viennent tout de suite en tête quand on parle d’espionnes. On les imagine intrigantes, séductrices, terriblement efficaces. Toutefois, cette image est largement romanesque. S’il a bien existé des espionnes qui ont pu jouer un rôle important (notamment pendant les deux guerres mondiales), elles ont aussi suscité des mythes et alimenté des fantasmes. Il faut donc retrouver la réalité historique des espionnes.
  • Publication en lien avec la conférence :

Geneêt

LES ESPIONS DES LUMIÈRES, de Stéphane Genêt. Nouveau Monde, 440 p., 2013, 36,00 euros.

  • Compte-rendu de l’intervention :

Résumé et fil conducteur de la conférence de Stéphane Genêt : «Les espionnes dans l’histoire : mythe et réalité.» 

Après une entrée en matière très sexy à travers des clichés d’espionnes réelles ou fictives, M. Genêt nous expose tout le paradoxe d’envisager pour une femme une carrière d’espionne alors que celles-ci disposent dans l’inconscient collectif de qualités tout à fait antinomiques avec celles d’un bon espion. En effet, tant Guitry que La Fontaine font état de l’incapacité d’une femme à garder un secret. On ne nomme que ce que l’on conçoit et de fait, le mot même d’espionne ne paraît dans le dictionnaire qu’au XVIIIe siècle alors que son homologue masculin y figure déjà au XIIIe. Quid de l’espionnage au féminin, mythe ou réalité ?

Objectivement, un bon espion se doit d’être intelligent, bien présenter, parler des langues étrangères, disposer d’une aisance financière (afin de n’être pas facilement soudoyé), être en bonne santé, être dynamique, moral, fidèle, loyal… Comment dans ces conditions une femme, qui n’accédait que très sommairement à l’éducation et était vite fatiguée et usée par de trop nombreuses grossesses, aurait-elle pu endosser le rôle d’agent secret ? Il faut avoir conscience qu’en occident la condition féminine a pendant des siècles été bien éloignée de celle que l’on connaît à l’heure actuelle. Si l’on se réfère à La méchanceté des filles – titre ô combien significatif ! – , livre très populaire paru en 1736 et largement diffusé, les filles sont qualifiées de «libertines, oisives, effrontées, perfides, capables de trahison, imaginatives, bavardes, susceptibles d’avoir de mauvaises fréquentations, inexpérimentées dans le domaine militaire, peu éduquées…». C’est là un panel non exhaustif des défauts inhérents aux femmes. Comment dans ces conditions peut-on envisager qu’une femme puisse être une bonne espionne, y en a -t-il vraiment eu ?

Les archives sont peu loquaces à ce sujet mais il faut se rendre à l’évidence : les charmes féminins n’ont que peu été exploités pour faire parler l’ennemi avant le XXe siècle. Seule Léotardie, maîtresse du gouverneur de Saorge, ville fortifiée du Piémont, semble avoir vendu des secrets, obtenus sur l’oreiller, relatifs aux façons de prendre la ville. Des auteurs protestants ont colporté des rumeurs selon lesquelles l’escadron volant, femmes de la cour de Catherine de Médicis, aurait accompli des missions d’espionnages, mais les historiens l’ont démenti : les auteurs protestants auraient inventé de toute pièce ces allégations afin de nuire à Catherine de Médicis qu’ils détestaient et qui le leur rendait bien…

C’est le XXe siècle qui a permis l’émancipation des femmes dans de nombreux domaines et l’espionnage n’y a pas échappé. Mieux éduquées, mieux considérées, les femmes ont à leur tour pu jouer un rôle au service de leur patrie…ou à leur propre service d’ailleurs, les motivations de l’espionnage pouvant être l’argent, l’idéologie, le chantage ou l’ego.

L’affaire Dreyfus n’aurait peut-être pas débuté sans une femme, soi-disant illettrée, vidant les poubelles de l’ambassade d’Allemagne. Les guerres ont permis à certaines femmes de laisser leur nom dans l’histoire, on peut citer Louise de Brettigny (à laquelle un mémorial est consacré), Mata Hari (belle femme mais piètre espionne, agent double démasquée et jugée en grande pompe pour exalter des sentiments patriotiques), Joséphine Baker (dont les messages codés étaient abrités dans ses dessous ou cachés dans ses partitions), Virginia Hall (se rendant à pied en Espagne malgré son handicap à la jambe), Nancy Wake (dite la souris blanche et dont la tête fut mise à prix par les Allemands)… autant de femmes qui ont su démentir la réputation de bavardes écervelées.

De nos jours, où les femmes ont acquis le droit de maîtriser leur fécondité, de posséder un compte en banque, d’en disposer sans l’accord préalable de leur tuteur (père ou époux) et d’accéder à la plupart des métiers, il est bien naturel que l’espionnage n’échappe pas à cette féminisation. De fait, il y aurait 25 % de femmes parmi les 4700 agents de la DGSE, 46 % de femmes parmi les agents de la CIA, les 2/3 des espions ayant traqué Ben Laden auraient été des femmes, les agents du Mossad (Israël) seraient également des femmes pour un grand nombre d’entre eux. La société aspire à plus de parité et les services secrets n’y échappent pas. La femme jouant de son intelligence et de son charme pour arriver à ses fins, pourquoi pas ? Même si c’est James Bond qui gagne à la fin, elle pourra toujours se reconvertir dans le mannequinat à l’instar d’Anne Chapman…

Mesdames, les services secrets recrutent ! C’est sur cette incitation que s’est achevée la conférence de M. Genêt qui a été saluée par une salve d’applaudissements amplement mérités. Merci à lui.

Merci à C. Gripon pour nous avoir offert cette synthèse.

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